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ACTUALITE
: Les groupes télécoms sont-ils assez endettés
?
Notre lecteur sera peut être surpris de nous voir
poser et traiter cette question qui laisse supposer quil puisse y avoir
un optimum dendettement. Nous ne croyons pas quil existe une structure
financière optimale (1), cest-à-dire un partage du financement
de lactif économique entre les capitaux propres et lendettement
qui minimise le coût du capital. Cela ne veut pas pour autant dire quil
faille sombrer dans le nihilisme !
Il est certes irresponsable de faire le choix dune structure financière
en fonction seulement du coût des sources de financement car on en oublie
alors leurs risques différents. Il nen existe pas moins dautres
paramètres qui nous font penser que certains groupes de télécoms
pourraient, sans difficulté être plus endettés quils
ne le sont aujourdhui. Certes certains se sont mordus les doigts à
léclatement de la bulle Internet dêtre trop endettés
(France Télécom, KPN,
), mais cétait il y a
3 / 4 ans et depuis beaucoup de choses ont changé.
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Le risque du secteur sest réduit comme en témoigne lévolution
de la volatilité de la valeur de lactif économique des plus
grand groupes européens du secteur :

Le secteur des télécoms nen est pas pour autant devenu
un sous compartiment de celui des utilities (eau, gaz, électricité),
considérées comme présentant un risque faible, car il est
toujours potentiellement soumis à des mutations technologiques.
De la même façon, le taux de croissance du secteur sest
fortement ralenti avec larrivée à maturité de la
téléphonie mobile (taux déquipement atteint élevé),
et avec la poursuite du déclin lent des recettes tirées du téléphone
fixe que le sympathique développement de lADSL narrive pas,
à lui tout seul, à contrecarrer.
Conséquence logique de cette évolution, les flux de trésorerie
disponibles, dans labsolu et en pourcentage du chiffre daffaires,
nont jamais été aussi élevés :

dautant que des programmes vigoureux de restructuration qui avaient été
mis en place en 2002 / 2003 ont produits leurs fruits au niveau des marges
:

Dans ces conditions, la capacité de ces groupes à supporter un
endettement plus élevé nous parait économiquement incontestable,
dautant que certains partent de bas, que cela soit en fonction de lexcédent
brut dexploitation ou des flux de trésorerie disponibles après
frais financiers :

A titre dillustration, si Vodafone utilisait intégralement son
flux en trésorerie disponible après impôts (oubliant alors
les dividendes), il pourrait avoir totalement éliminé son endettement
fin 2007.
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Un endettement supplémentaire peut provenir de rachat de concurrents
(notamment à linternational), de rachat dactionnaires minoritaires
dans des filiales, voire dune politique de distribution / rachat dactions
au-delà des flux de trésorerie disponibles conduisant à
réduire les capitaux propres.
En effet, à quoi servent les capitaux propres ? A financer naturellement,
mais surtout à réduire le risque pour le prêteur et donc
à le convaincre de prêter, puisque les capitaux propres, du fait
de leur rôle de dernier rang, absorbent les risques les plus élevés.
Quand le risque de lactif se réduit, le besoin en capitaux propres
est moins pressant ; de la même façon que lorsque la hauteur
des vagues se réduit, la hauteur des digues peut être abaissée.
Les capitaux propres qui nexistent pas en quantité infinie peuvent
alors être alloués à dautres secteurs dactivité
en pleine croissance et / ou plus risqués qui en ont besoin : recherche
pharmaceutique, exploration pétrolière, ...
A ce titre, il ne serait pas choquant que les groupes qui ont bénéficié
il y a quelques années dinjections de capitaux propres importants
(France Télécom, KPN,
) les « rendent »
partiellement ou totalement maintenant que leur situation est non seulement
rétablie, mais aussi prospère.
Cest ce quont bien compris les fonds de private equity qui, après
avoir fait un LBO sur les télécoms irlandais (Eire Telecom), sont
en train den monter un sur lopérateur danois (TDC), sans
parler de Wind où lopérateur industriel Orascom essaie non
sans difficulté de financer une grande part de son acquisition par endettement,
mais on est alors loin des ratios dendettement actuellement observés
dans le secteur (avec une dette de 5,5 fois lEBE).
Du fait de leur taille, les grands groupes télécoms sont probablement,
pour quelques années encore, à labri de ce type de montage
extrême. Faut-il pour autant sen réjouir ? Non car la
dette, dès lors quelle ne sature pas complètement la capacité
de remboursement dune entreprise, a une double vertu :
- celle de mettre une pression sympathique sur le management afin de linciter
à dégager les flux de trésorerie nécessaires pour
faire face au remboursement de la dette. Doù une ardente obligation
dêtre rigoureux sur les coûts et attentif aux investissements
dont tous ne sont pas nécessairement indispensables, surtout ceux envisagés
avec le retour de flux de trésorerie disponibles largement positifs ;
celle doffrir une incitation positive aux dirigeants grâce à
leffet de levier sur la valeur.
- Bref, on retrouve les enseignements de la théorie de lagence
(2) qui indique, de façon imagée, que les nageurs battraient
plus de records dans les piscines olympiques sils avaient aux trousses
des crocodiles
.. !
Cette mise sous pression nest pas inutile à un moment où
la concurrence dans le secteur semble saffaiblir compte tenu des opérations
de concentration observées et puisque la pression des actionnaires est
relativement faible compte tenu des tailles atteintes par ces groupes.
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Pour conclure, soulignons deux idées :
- soit les dirigeants de ces groupes considèrent quune partie
de leurs activités sassimilent à une rente de situation
(le mobile en France par exemple) et dans ce cas leurs actionnaires ne peuvent
que souhaiter quils se réendetter pour mieux résister
à linévitable pression des régulateurs sur leurs
tarifs (sur le thème « je ne peux pas baisser substantiellement
mes prix car sinon je ne peux plus rembourser mes dettes »),
- soit ils craignent avant tout une brutale mutation technologique qui remette
en cause lexistence même du métier (la voix sur IP ?),
comme celle qui a frappé Polaroïd et Kodak. Dans ce cas, un niveau
de dette plus élevé nest pas indiqué même
si elle constitue un aiguillon certain et même si son coût actuel
est très bon : le dernier crédit syndiqué de France
Télécom prévoit une marge actuarielle (3) de 14,5 points
de base (0,145 %). En effet, lexpérience (et le bon sens) montrent
quen cas de crise, dans un secteur où les structures financières
sont hétérogènes, ceux qui ont les meilleures chances
de survie sont ceux qui ont peu de dettes (4). Noublions pas en effet
que, même à coût bas, les dettes doivent être remboursées.
(1) Pour plus détails sur les problèmes
de structure financière, voir le chapitre 37 du Vernimmen 2005.
(2) Pour plus de détails sur la théorie de lagence, voir
le chapitre 35 du Vernimmen 2005.
(3) Pour plus détails voir le chapitre 27 du Vernimmen 2005.
(4) Pour plus détails voir le chapitre 16 du Vernimmen 2005.
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GRAPHIQUE DU MOIS
: Quelques statistiques sur le marché de la dette
1. Part de la dette bancaire détenue par les
investisseurs institutionnels
Lorsque Eurotunnel entreprit la première restructuration de sa dette
au début des années 1990, ses interlocuteurs étaient les
grands groupes bancaires : Barclays, BNP, Crédit Agricole ou HSBC.
Aujourdhui, sa situation est totalement différente puisque la
plus grande partie de sa dette est détenue par des investisseurs éventuellement
hedge funds. Cette évolution nest pas limitée aux
crédits difficiles comme lillustre le graphique suivant. Aux Etats-Unis,
cest même devenu la norme :

2. Multiple moyen dette / EBE pour les LBO supérieurs à 50
M$
A fin août 2005, le volume des LBO avait déjà surpassé,
à 110 Md$, celui enregistré pour toute lannée 2004
(93 Md$) et était plus du double de celui de 2003 (47 Md$).
On connaît labondance de la liquidité pour les fonds de
LBO (1) et les banques (2). 2005 pourrait donc voir le ratio dette financière
et bancaire / EBE se rapprocher du record de 1997 : 5,9 :

En juillet dernier, Sungard est parti à 7 fois lEBE et Neiman
Marcus à 6,5 fois il y a 15 jours.
(1) Pour plus de détails, voir la Lettre Vernimmen.net
n° 13 doctobre 2002.
(2) Pour plus de détails, voir la Lettre Vernimmen.net n° 30 de juillet
2004.
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RECHERCHE
: Lhorizon de temps des investisseurs
Il nest pas rare de nos jours de voir les dirigeants
dentreprise américains et européens montrer du doigt les
marchés financiers, accusés dexercer une pression court-termiste
les conduisant à favoriser des investissements dont les retours sont
à court terme au détriment de projets davantage créateurs
de valeur, mais nécessitant un horizon dinvestissement plus long.
Cette critique nest pas nouvelle. Dans les années 1980, déjà,
elle avait été relayée par les chercheurs en finance. Aujourdhui,
on pense, en lien direct avec lactualité, aux hedge funds
dont lhorizon dinvestissement est assez souvent limité.
Quen est-il, dans la pratique, de ce lien entre lhorizon dinvestissement
des actionnaires dune entreprise et la politique dinvestissement
de cette même entreprise ? Sil est difficile de répondre
à cette question de manière générale, trois chercheurs
étudient limpact de lhorizon dinvestissement des actionnaires
sur les opérations de fusion / acquisition des entreprises américaines
(1).
Dun point de vue théorique, lhorizon dinvestissement
des actionnaires institutionnels devrait influencer les actions des dirigeants
à travers deux canaux distincts :
- Premièrement, les dirigeants dentreprise vont être plus
surveillés par des actionnaires institutionnels ayant un horizon dinvestissement
long. Leurs incitations à exercer un contrôle sur les choix des
dirigeants se trouve renforcé par les bénéfices quils
peuvent en tirer sur une plus longue période de détention dans
leur portefeuille. Le pouvoir discrétionnaire des dirigeants devrait
donc se trouver amoindri par un long horizon dinvestissement, et les
traditionnels problèmes dagence (2) devraient être atténués.
Les dirigeants dentreprises devraient donc être moins enclins
à tenter de retirer des bénéfices privés de leur
fonction, notamment à travers la réalisation dacquisitions
destructrices de valeur qui leur permettent de se construire un « empire »
;
- Deuxièmement, les actionnaires ayant un horizon dinvestissement
long disposent dun pouvoir de négociation plus élevé
: ils peuvent donc sapproprier une plus grande part de la valeur économique
créée par lacquéreur au moment de la négociation
de la valeur de vente . En effet, à moins dobtenir un paiement
élevé, ces actionnaires nont pas intérêt
à apporter leurs actions à lopération, dans la
mesure où ils peuvent bénéficier, à long terme,
en conservant leurs titres, des améliorations de la performance suite
à lacquisition.
Léquipe de chercheurs se base sur des données américaines
couvrant la période 1980-1999. La classification des actionnaires institutionnels
en fonction de leur horizon dinvestissement est définie par le
niveau de rotation de leur portefeuille dactifs. Si un investisseur institutionnel
renouvelle une grande proportion de son portefeuille dans le temps, il sera
classé comme ayant un horizon dinvestissement à court terme.
Dans le cas contraire, il sera classé comme un actionnaire de long terme.
Par la suite, les chercheurs déterminent le comportement des entreprises
face aux opérations de fusion / acquisition en tant quacquéreur
ou cible, et ce en fonction du type dactionnariat qui domine.
Leurs résultats confirment les hypothèses théoriques présentées
plus haut :
- Les entreprises cibles dune opération dacquisition ayant
un actionnariat institutionnel de court terme bénéficient dune
prime dacquisition plus faible que les entreprises ayant des actionnaires
de long terme. Cette observation est cohérente avec les deux interprétations
présentées plus haut. Les actionnaires de court terme ont un
pouvoir de négociation plus faible avec lacquéreur que
des actionnaires de long terme. Dautre part, les dirigeants des entreprises
cibles sont contrôlés moins étroitement par leurs actionnaires
de court terme. Ils ont donc davantage de liberté dans la négociation
avec lacquéreur de leur entreprise. Leur intérêt
personnel ne sera pas nécessairement de faire bénéficier
leurs actionnaires dune prime dacquisition importante, mais de
sassurer queux-même bénéficient de bénéfices
privés importants (par ex. golden parachute conséquent, position
avantageuse dans la nouvelle entité créée ou chez lacquéreur).
Doù lobservation de primes dacquisition relativement
plus faibles ;
- les entreprises acquéreuses à actionnariat de court terme
ont une plus forte rentabilité négative anormale que les acquéreurs
ayant un actionnariat de long terme. Elles semblent donc se lancer dans des
opérations de fusion / acquisition qui sont perçues par les
marchés financiers comme davantage destructrices de valeur. Cette observation
est cohérente avec lhypothèse dun contrôle
moins important des choix des dirigeants par leur actionnariat de court terme,
doù, encore une fois, une plus grande marge de manuvre
managériale, et des choix dinvestissement contraires aux intérêts
des actionnaires ;
- les actionnaires de court terme augmentent la probabilité de réalisation
dune opération de fusion / acquisition. Les entreprises ayant
un actionnariat de court terme ont une plus forte chance dêtre
une cible et un acquéreur ;
- les entreprises à actionnariat de court terme ayant effectué
une acquisition réalisent une sous-performance de long terme plus importante
que les entreprises à actionnariat de long terme. Encore une fois,
cette observation est cohérente avec lhypothèse que les
actionnaires de court terme exercent un contrôle moins strict de leurs
dirigeants, et quils les laissent prendre des décisions plus
défavorables aux actionnaires que lorsque des actionnaires de long
terme exercent un meilleur contrôle sur leurs dirigeants, pression qui
bénéficie à lensemble des actionnaires.
La structure actionnariale semble jouer un rôle important dans le cadre
des opérations de fusion-acquisition. Un actionnariat de long-terme discipline
les dirigeants dentreprises cibles dans la négociation de la cession,
mais aussi les dirigeants dentreprises acquéreuses dans le choix
de leur cibles. Dans tous les cas, les actionnaires ayant un horizon dinvestissement
de long terme semblent créer de la valeur actionnariale dans le cadre
des opérations de fusion / acquisition.
Si lon est prêt à accepter que ce qui est visible dans le
cadre restrictif des fusion / acquisition sapplique à un cadre
plus large, on peut comprendre limportance accordé par les praticiens
de la finance au choix de la structure actionnariale dune entreprise lors
de son introduction en bourse (3). Constituer un actionnariat de long terme
permettrait daugmenter la valeur de lentreprise en limitant les
problèmes dagence.
(1) José-Miguel Gaspar, Massimo Massa, Pedro
Matos, Avril 2005, Shareholder Investment Horizons and Market for Corporate
Control, Journal of Financial Economics, page 135 à 165.
(2) Pour plus de détails voir le chapitre 32 du Vernimmen 2005.
(3) Pour plus de détails voir le chapitre 31 du Vernimmen 2005.
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